Gros plans sur quelques actions exemplaires.

Des ateliers de formation à la médiation scolaire


La violence à l'école : en parler, c'est bien, la combattre, c'est mieux. Deux enseignantes ont appliqué ce précepte en créant, pour les élèves, des ateliers de formation à la médiation scolaire. Une réussite.


La médiation par les pairs : il fallait y penser. Deux enseignantes d'un établissement privé sous-contrat regroupant école, collège et lycée, à Sarcelles, constataient, année après année, la montée de la violence chez les jeunes. Mais comme rien ne sert de constater, il faut agir à point, Brigitte Liatard et Babeth Diaz ont mis en place, depuis quatre ans, des ateliers de formation à la médiation scolaire pour les élèves de cinquième. Pourquoi ce choix? Parce qu'"à cet âge, ils ne sont pas rentrés dans l'adolescence ; ils ont déjà une certaine maturité et encore une relative confiance dans l'adulte. Ils cherchent à mettre des mots sur ce qu'ils ressentent", répond Brigitte Liatard.


Médiateur, ça s'apprend?
Avant de devenir officiellement médiateurs, les élèves qui le souhaitent suivent cinq mois de formation, à raison d'une heure par semaine, pendant laquelle des enseignants leur apprennent à mieux se connaître, à se mettre à la place des autres, à se confier, à accepter la disparité des opinions et à gérer des conflits. Pour ce faire, les professeurs utilisent le dialogue, l'expression corporelle, mais aussi des dessins, des rêves éveillés, des jeux de rôle, etc.
Par la suite, les médiateurs interviennent sur la cour de récréation pour régler les conflits, principalement entre élèves du primaire. Dotés d'un brassard vert, couleur de l'espoir, sur lequel sont dessinés deux ronds noirs et blancs enchevêtrés, symbole de l'union, ils agissent à la demande des enfants ou sur leur propre initiative.
Leur première tâche est d'extraire les deux protagonistes de la cour et de les emmener dans une salle afin d'étudier, au calme, la cause du conflit, lié la plupart du temps "à un jeu qui tourne mal ou à un secret trahi", précise Noémie, médiatrice depuis un an. Leur rôle consiste, ensuite, à favoriser le dialogue entre les parties adverses et à proposer des solutions acceptables pour tout le monde. "Dans la gestion d'un conflit, il faut qu'il n'y ait ni gagnant ni perdant", explique Christophe, médiateur lui aussi depuis un an. Pour étayer sa théorie, il raconte comment il a réglé un conflit lié à un vol de bâton : "J'ai coupé le bâton en deux et j'en ai donné un bout à chacun ; tout le monde était content". Simple, mais efficace.

Les applications dans la vie quotidienne
Mais l'intérêt de l'initiative ne s'arrête pas là. A l'âge où les personnalités se forgent, les ateliers apprennent aux jeunes à intégrer profondément des valeurs de non-violence, de respect de l'autre et de tolérance. "Les ateliers m'ont appris à mieux me connaître et à mieux me contrôler lors de conflits au sein de l'école ou dans ma famille", confie Noémie.
Céline explique comment les ateliers l'ont aidé à améliorer ses rapports avec son petit frère : "Avant, on ne faisait que se taper dessus. Maintenant, on arrive à se parler". Nicolas a, lui, évité une bagarre en privilégiant le dialogue avec son agresseur.
Les exemples de ce type sont nombreux. Car sur chaque personnalité, les ateliers exercent une influence. "D'une façon générale, on peut dire que chez les enfants violents, la médiation les aide à canaliser leur violence. Chez ceux qui n'ont pas confiance en eux, ça leur redonne une énergie débordante", explique Babeth Diaz.

Un bilan largement positif
Si les premiers médiateurs durent affronter de multiples moqueries, nombreux sont les élèves qui, aujourd'hui, rêvent de faire comme leurs aînés. La violence, comme la non-violence, est souvent une histoire d'exemple, mauvais ou bon. Résultat, les ateliers attirent de plus en plus de jeunes. Des jeunes qui deviennent de plus en plus exigents face à l'application du droit et de la justice. "Ils n'acceptent plus qu'un prof fasse preuve d'injustice. Quand cela arrive, ils viennent me voir pour que je règle le conflit. Ils ne comprendraient pas qu'un adulte n'applique pas ce qu'on leur demande à eux", explique Brigitte Liatard.
Si le bilan est donc largement positif, ce type d'initiatives n'a pas pour autant la prétention de résoudre les problèmes des banlieues, en général, et de la violence en particulier. L'objectif est, avant tout, d'agir de façon préventive et de réguler les conflits dans le cadre de l'école.
Il reste qu'aucun problème de cette envergure ne se règle de façon générale ; c'est une succession d'initiatives, prises à différents niveaux, qui peuvent faire avancer les choses. Malheureusement, dans cet exemple précis, ni l'établissement ni le ministère n'est intervenu pour soutenir les enseignants qui prennent sur leur temps libre pour animer les ateliers. Pourtant, parler de la violence, c'est bien ; mais la combattre sur le terrain, c'est mieux, beaucoup mieux.

Contact : MIR, 114 bis, rue de Vaugirard, 75006 Paris. Tél./Fax : 01 45 44 39 42

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