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La délégation . Marc Thiébaud |
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Que faut-il déléguer ou ne pas déléguer?
La délégation
« Vous a-t-on donné la règle d'or de cette maison?
La voici: ne faites jamais vous-même ce que vous pouvez faire faire par un autre. Etes-vous responsable d'un service? Choisissez les meilleurs de vos subordonnés, donnez-leur la formation nécessaire, déléguez, et vous, asseyez-vous confortablement et cherchez comment l'entreprise pourrait devenir plus performante ».J. Rockefeller
Définition de la
délégation
Déléguer consiste à modifier la contribution du subordonné. C'est un contrat dont l'objet est le transfert, limité dans le temps, d'un pouvoir de décision sur une action majeure. Cette action majeure peut être une mission, un projet. Quand on utilise le terme de délégation, on implique la notion de plage d'autonomie (par exemple, choix des moyens de réalisation de l'objectif). Ainsi, on ne "délègue pas une simple tâche", on la distribue.
On utilisera ci-après les termes de délégant pour le responsable qui délègue et de délégataire pour le collaborateur qui reçoit et accepte la délégation.
La délégation comporte plusieurs
avantages. Notamment:
On pourrait cependant avoir tendance
à ne voir que les impacts positifs de la délégation.
La clairvoyance impose de considérer aussi les impacts négatifs.
Pour le collaborateur, plus de
responsabilités se traduit aussi par plus de temps de travail, plus de contraintes, plus de vulnérabilité vis-à-vis du supérieur. Il faut donc trouver des impacts positifs "qui en vaillent la peine" (voir les enjeux positifs).
La délégation est un moyen pour travailler la question de la convergence des objectifs organisationnels et individuels. Le réalisme consiste à prendre en compte la réalité de l'existence de convergences et divergences entre ces objectifs.
Selon Morin (1985), « la délégation ouvre trois perspectives intéressantes pour mieux mâtriser le lien entre organisation et individu :
1. elle amène à expliciter le contrat délégant-délégataire, à le clarifier, à le négocier et donc à le contrôler ;
2. elle ouvre le champ des enjeux, et permet donc d'établir des contrats mieux adaptés aux individualités et aux contributions demandées ;
3. elle rend à la hiérarchie
l'occasion de gérer, de diriger, d'animer le personnel dont elle
a reçu la charge et de traiter sérieusement et conjointement
productivité et politique de personnel ».
Que faut-il déléguer
ou ne pas déléguer?
Plusieurs aspects sont à considérer:
a) en ce qui concerne le délégataire (le subordonné)
Il s'agit d'ajuster ce qu'on délègue aux caractéristiques du délégataire. On tiendra compte principalement:
- de son niveau de compétence,
- de son degré de motivation (intérêt
pour la mission déléguée),
- des possibilités offertes par
la délégation de favoriser le développement du délégataire,
- du niveau de sécurité
du délégataire face aux responsabilités à confier.
b) en ce qui concerne le délégant
Interviennent notamment les éléments
suivants:
c) en ce qui concerne la nature
générale de la délégation
On déléguera en premier lieu la gestion courante. Pour celle-ci, la délégation pourra être plus ou moins étendue et aller selon les cas:
- du pouvoir d'étude et de recommandation sur un sujet
- au pouvoir de décision et de mise en action (avec ou voire sans rapport/information au délégant)
On déléguera en général moins les travaux de développement nouveau, et on se limitera dans ces cas en principe à déléguer seulement le pouvoir d'étude.
Les activités importantes et urgentes
ne doivent pas être déléguées mais sont à
considérer comme des priorités à assurer soi-même
(voir la grille de décision).
d) en ce qui concerne le degré de délégation
Le principe général consiste à déléguer le maximum de ce qui est possible au plus bas de la hiérarchie. Autrement dit, là où le travail peut être réalisé de manière compétente, le plus près du lieu où les problèmes se posent et les informations sont disponibles ("sur la ligne de feu"), et où les personnes sont sollicitées à agir et décider, donc motivées à assumer la responsabilité (ce qui permet d'éviter de devoir trop référer à une autre personne avant de pouvoir agir. L'organisation gagne ainsi en efficacité (performances à moindres coûts).
En pratique, on pourra procéder
par étapes, afin de s'assurer contre les risques d'une surdélégation:
en délégant d'abord une petite partie du travail, ou en délégant
pour un travail donné un niveau d'autonomie et de pouvoir allant
croissant au fur et à mesure des résultats obtenus.
Comment procéder
a la délégation?
En suivant Morin (1985), on doit considérer que « déléguer ne peut se réduire à une procédure technocratique ou bureaucratique. Il ne suffit pas de convenir avec le subordonné de ce dont il va désormais s'occuper, même en lui fournissant tous les documents techniques et pratiques souhaitables. Certes, il faut le faire, mais il reste encore la moitié du chemin à parcourir: obtenir l'accord de l'intéressé. Quelques paroles d'encouragement et d'exhortation peuvent faire illusion sur le moment. A la première difficulté, le délégataire se réfugiera dans des attitudes et des stratégies défensives.
Si chaque supérieur explicite avec ses subordonnés quelles conséquences les objectifs de l'entreprise vont avoir sur ses contributions et accepte de parler aussi des conséquences sur ses rétributions, en lui rappelant les avantages, les enjeux positifs souvent oubliés, considérés comme "normaux", le dialogue devient concret. Déléguer n'apportera le supplément d'efficacité qu'on peut en attendre qu'à la condition de bien lier délégation et définition des nouvelles contributions acceptées par le délégataire en connaissance de cause.
Déléguer, comme tout acte de management, comporte deux aspects : un but (ce qu'on veut obtenir), une évolution (comment on va passer de l'état présent à l'état souhaité). Dans leur pratique quotidienne, les cadres et les dirigeants dépensent beaucoup d'énergie pour le premier point: la définition du but. Avec un soin extrême, ils déterminent avec un gran souci du détail, cet état futur idéal. Ils y consacrent réflexion et rapports. Le second point se voit traité avec beaucoup moins de soin. De la note de service bureaucratique, au pire, à l'explication technique plus ou moins complétée de quelques exhortations. Vu la diffusion du savoir-faire technique en management, l'avantage d'une entreprise réside aujourd'hui dans sa capacité à mettre en place ou mettre en œuvre ses projets. La difficulté d'acquérir cet avantage provient, dans de nombreuses entreprises, de ce qu'il exige un engagement personnel direct des cadres dans leurs rapports hiérarchiques: relations de face à face, capacité de négocier, d'obtenir de nouveaux comportements».
Il importe de se souvenir que la délégation s’inscrit dans un rapport de pouvoir « donnant-donnant ». On veillera donc à être conscient des:
De manière générale,
on admet qu’il vaut mieux procéder en adoptant la stratégie
des petits pas. Selon Morin (1985), « le délégant donnera
ainsi du temps au délégataire pour s'engager en pleine connaissance
de cause, condition de son adhésion. Les petites étapes permettront
aussi les apprentissages sociaux progressifs que doit faire le délégataire:
apprentissage de nouvelles relations de pouvoir et de dépendance,
apprentissage de tâches nouvelles exigées par la délégation,
identification et exploration de nouveaux avantages, plus lents à
saisir et ressentir que les nouvelles contreparties. On se rend compte
tout de suite du travail, des efforts supplémentaires ; l'appréciation
de l'intérêt, de l'autonomie, des "jeux" possibles demande
du temps. Expliquer, montrer, démontrer ne suffisent pas. "En faire
trop" risque même d'inciter à la méfiance, à
se détourner de l'effet recherché. Il faut laisser le délégataire
faire les découvertes qui le convaincront, qui rendront crédible
la délégation.
La stratégie des petits pas implique
pour le délégant de bien préparer les étapes
en suivant la ligne de difficulté croissante. "Nothing succeeds
like success", rien ne réussit comme le succès, disent les
pragmatiques américains. Dans les situations comme celles-ci, un
échec au début aura des conséquences négatives
lourdes : méfiance. découragement, attitude de retrait du
délégataire. Il convient donc de commencer par des délégations
faciles, sans problémes techniques délicats à résoudre,
aisées à négocier, souhaitées par le délégataire,
avec des conséquences positives nettes sur ses contributions: diminution
de contreparties peu appréciées et/ou accroissement des avantages.
Cela réussi, ces premiers petits pas gratificateurs renforceront
le délégataire dans son attitude, l'inciteront à jouer
les stratégies d'investissement autour d'enjeux de plus en plus
importants pour lui ».
Conclusion
En règle générale,
on veillera à se réserver un temps adéquat pour procéder
à la délégation. Il y a lieu de s'entretenir notamment
sur les points suivants:
Références utiles
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