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Sylvie
Leuenberger Zanetta
Synthèse du
rapport d'évaluation pour le lecteur pressé
Le projet
intercantonal "Développer une culture de la médiation dans l'école"
(projet DCM) a été réalisé dans le cadre du programme "Ecoles et Santé
(2000-2002)" conduit par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) en
collaboration avec la Conférence des directeurs cantonaux de l'instruction
publique (CDIP). Pour mener à bien ce nouveau projet dans les cantons de Suisse
romande et du Tessin, l'OFSP a octroyé des moyens financiers à concurrence de
360'000 francs et chacun des cantons impliqués a alloué des ressources
supplémentaires en fonction de ses possibilités.
"Développer
une culture de la médiation dans l'école" signifie instaurer à l'échelle
de l'établissement scolaire des conditions favorisant une expérience humaine
positive, dynamisant la communication et contribuant à l'apprentissage de la
citoyenneté. Pour atteindre ce but, le projet "DCM" s'est fixé les
objectifs suivants :
· Faciliter la réalisation de projets d’établis-sement visant le
développement d’une culture de la médiation dans l’école.
· Evaluer ces projets pour définir les conditions
et processus requis pour l’élaboration de tels projets.
· Favoriser les échanges et le partage
d’infor-mations entre établissements scolaires pour dynamiser le développement
d’une culture de la médiation dans l’école.
La conduite de
l’ensemble du projet a été structurée autour de trois instances
principales :
·
Un groupe de
pilotage intercantonal chargé de superviser la
démarche : il comprend les délégués mandatés par les huit cantons (un par
canton) qui assurent une fonction de relais et aident à réunir les
conditions de réalisation des projets dans chaque canton.
·
Un groupe porteur de trois personnes, engagées à 30% chacune, responsables de la
réalisation de l’ensemble du projet : il a organisé la démarche, effectué
l’accompagnement et le bilan des projets pilotes et facilité les échanges et la
diffusion des informations.
·
Les groupes
internes aux établissements scolaires et leurs animateurs de projet, chargés de la mise en œuvre sur le terrain : ils ont animé la démarche de
projet dans chaque école choisie et contribué à son évaluation.
Il incombait aux
huit délégués cantonaux de choisir en principe deux établissements scolaires
dans leur canton pour participer à ce projet. Dix-huit établissements (écoles
pilotes) de Suisse romande et du Tessin se sont engagés dans l'ensemble de la
démarche, de septembre 2000 à juin 2003.
Au sein de chaque
établissement a été constitué un groupe interne d'animation composé
d'enseignants, chargé de définir les aspects à améliorer afin de développer une
culture de la médiation dans leur école. Chaque groupe interne avait un
représentant, l'animateur de projet. Il a été offert à chaque animateur de
projet de participer à une formation-action de 12 jours
comprenant des séminaires thématiques et des rencontres d’analyse de pratique.
Les animateurs ont également pu bénéficier d'un accompagnement en fonction
de leurs besoins. Les membres des groupes internes ainsi que certains
collaborateurs de l'école ont également pu prendre part à quelques activités de
formation et d’accompagnement avec les animateurs. Le projet intercantonal a
aussi cherché à stimuler les échanges entre les animateurs. Ces
différents appuis étaient destinés à faciliter la réalisation des projets ainsi
que la documentation des démarches conduites et de leurs résultats.
Ces projets ont
été considérés comme pilotes dans le sens où leurs réalisations et leurs
expériences ont permis de définir quelles sont les conditions nécessaires pour
la réalisation d'un projet d'établissement qui vise le développement d'une
culture de la médiation dans l'école. L'idée étant de permettre une
généralisation et un développement à d'autres écoles dans une phase ultérieure.
Les établissements
devaient notamment s'impliquer dans une démarche de projet qui soit construite
et portée par l'ensemble des acteurs de l'école et qui vise l'élaboration de
pratiques et l'acquisition de compétences partagées. Ils devaient contribuer à
l'évaluation de la démarche et échanger avec d'autres écoles sur leur projet.
En octobre 2000 le
groupe porteur a sollicité un crédit auprès de la Conférence intercantonale de
l'instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP) afin que
l'Institut de recherche et de documentation pédagogique (IRDP) de Neuchâtel
puisse réaliser l'évaluation du projet "DCM".
Cette évaluation a
visé à apprécier les processus de
conduite des projets dans les établissements pilotes ainsi que les
résultats obtenus au niveau
du climat scolaire. Il s'est agit en particulier :
·
d'énoncer les facteurs et
les conditions nécessaires à la réalisation de projets d'établissement qui
visent le développement d'une culture de la médiation dans l'école ;
·
d'identifier les chemins
de réalisation possibles (démarches et processus) ;
·
d'apprécier
l'accompagnement et le soutien requis ;
·
d'évaluer la formation
dispensée ;
·
d'évaluer les échanges et
la mise en réseau souhaitable ;
·
d'apprécier les résultats
qui peuvent être obtenus.
La démarche
d'évaluation adoptée s'est basée sur des enquêtes par questionnaires, sur des
entretiens auprès de différents acteurs de terrain ainsi que sur la documentation
remise par les animateurs de projet.
Evaluation des appuis offerts à
la réalisation des projets
Globalement les
trois types d'appuis offerts à la réalisation des projets d'établissement (la
formation-action, l'accompagnement sur mesure des animateurs de projet, des
membres du groupe interne et des autres acteurs de l'établissement, les
échanges entre établissements) sont jugés utiles et rencontrent la satisfaction
générale.
Points principaux relevant de la formation-action
La formation des
animateurs dans le cadre du projet "DCM" est nécessaire et celle dont
ils ont pu bénéficier est jugée utile non seulement dans le cadre du projet
actuel mais également pour le futur. Elle leur a permis d'acquérir les outils
nécessaires à la conduite d'un projet ainsi que des connaissances suffisantes
pour développer une culture de la médiation dans l'école.
L'acquisition de
connaissances et d'outils, les compétences des intervenants, la qualité des
échanges et celle des interventions sont les principaux points de satisfaction
exprimés. L'aspect théorique de la formation et le décalage qu’il implique avec
les situations rencontrées a gêné plusieurs participants. Un certain consensus
par ailleurs se dégage autour du désir d'avoir plus d'échanges à propos de
situations concrètes, avec notamment des présentations de cas pratiques suivies
de discussions et d'analyses. Une augmentation du nombre des rencontres en
sous-groupes d’analyse de pratique est également désirée par certains
animateurs de même qu'un accroissement de l'implication des membres des groupes
internes lors des journées de formation. Il apparaît également qu'une partie
des animateurs préféreraient traiter moins de thèmes mais de façon plus
approfondie, ceci pourrait être rendu possible notamment en proposant plusieurs
axes de travail au choix.
Points principaux relevant de l'accompagnement
Les degrés de
satisfaction pour les trois types d'accompagnement (individuel de l'animateur,
du groupe interne et de l'ensemble des collaborateurs) sont excellents.
Les apports de ce
type d'appui portent principalement sur les aspects pratiques de la gestion du
projet (réponses à des problèmes concrets), sur l'aspect motivationnel (soutien
et encouragement lors de difficultés ou de doutes), ainsi que sur le partage et
la confrontation des idées.
Points principaux relevant des échanges entre établissements
Cet appui a été
évalué comme nécessaire par l'ensemble des participants. Il a principalement
permis de partager avec des collègues les expériences et les difficultés
vécues, de trouver un certain soutien et de prendre du recul. Les échanges à
propos des projets réalisés ont permis de confronter les différentes manières
de conduire un projet et de partager des idées pour la mise œuvre des projets
dans les différents établissements. L'utilité des échanges, qu'ils aient lieu
en sous-groupes régionaux ou lors des journées de formation s’adressant à
l'ensemble des animateurs, est vérifiée. La pertinence des échanges par e-mail
est moins évidente, elle est reconnue par une faible majorité. D'autre part,
seul un tiers des animateurs ont eu recours au site Internet.
La nécessité des
échanges étant avérée, il a paru important de connaître les moyens les mieux à
même de les stimuler. Les réponses données portent sur deux axes principaux :
la création de lieux de rencontres avec une augmentation de la fréquence de ces
dernières, et l’adoption d'une philosophie commune qui permettrait un
rapprochement des problématiques et la définition de buts similaires entre les
différents projets.
Appréciation des processus de conduite des projets
dans les établissements pilotes
ainsi que des résultats obtenus
Nos analyses ont
permis d'identifier certains facteurs qui paraissent fondamentaux pour le bon
déroulement du projet (conditions de base) et d'autres qui exercent un effet
favorable à la réussite d'un projet d'établissement.
Il est toutefois à
préciser que l'ensemble des facteurs joue un rôle dans le bon déroulement du
projet et qu'il est impossible de définir avec précision l'importance d'un
facteur considéré isolément. En effet, dans toutes les situations que nous
avons rencontrées, c'est bien une conjonction de facteurs qui a favorisé ou au
contraire entravé la réussite du projet.
Les conditions de base
Les facteurs
mentionnés ci-après nous paraissent constituer les fondements nécessaires à la
mise en oeuvre d'un projet d'établissement.
1.
Avoir un groupe interne de trois à sept personnes
engagées de façon significative dans l'école pour piloter et animer le
projet : groupe autant que possible stable composé de personnes
volontaires, motivées, disponibles, complémentaires et ouvertes à apprendre
ensemble ;
2.
Avoir un animateur de projet (coordinateur du groupe
interne) dans l'établissement qui soit légitime, compétent, prêt à s'investir,
à mener une équipe et disposé à développer ses compétences dans la
conduite d'une démarche de projet et dans les domaine de la promotion de la
santé et de la médiation ;
3.
S'assurer la participation d'un membre du conseil de
direction au sein du groupe interne pour les établissements de moyenne et
grande taille ;
4.
Disposer de l'appui des autorités scolaires (direction
de l'école, commission scolaire, service de l'enseignement) qui sont
convaincues du bien-fondé de la démarche et qui peuvent accorder des moyens
pour sa réussite (heures de décharge ou défraiement pour les animateurs, budget
de réalisation, etc.) ;
5.
Avoir des conditions cadres (cahier des charges du
groupe interne, budget, etc.) clairement arrêtées avec la direction de
l'établissement et/ ou les autorités scolaires concernées ;
6.
Obtenir l'accord de l'ensemble du corps enseignant
(et le cas échéant des collaborateurs) de l'école pour s'engager dans la
réalisation du projet ;
7.
Veiller à l’absence de surcharge importante ou de
période de déstabilisation du corps enseignant liées par exemple à d'autres
processus de changement en cours au sein de l’établissement ;
8.
S’assurer de l’existence d’un climat interne suffisamment
bon entre tous les acteurs (qualité de la communication et de la gestion des
conflits qui peuvent survenir, etc.) ;
9.
S'engager à analyser la situation initiale de
l'établissement et évaluer les besoins ;
10.
Etre prêts à définir les objectifs, les contenus et
la conduite de projet selon une démarche participative avec l'ensemble des
acteurs de l'école ;
11.
S'inscrire dans la vision globale et le cadre défini
sur le plan cantonal et / ou intercantonal
12.
Participer à l'évaluation du projet et partager les
expériences réalisées avec d’autres établissements.
D'autres facteurs permettant de profiter au mieux de
la démarche
1.
Une culture de l'innovation et une compréhension
claire de la mission éducative de l'école ;
2.
Une identité commune au sein de
l'établissement ;
3.
L'avantage constitué par une taille réduite ou modérée
de l'établissement ;
4.
Un groupe interne composé librement de personnes
compétentes, travaillant de manière efficace, avec des modalités de
fonctionnement clairement établies, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur du
groupe ;
5.
La détermination d'objectifs réalistes qui s'inscrivent
dans une reconnaissance de ce qui existe et qui permettent d'obtenir rapidement
de petits succès visibles ;
6.
L'implication d'un maximum d'acteurs.
Les résultats obtenus par les projets d'établissements
Il faut tout
d'abord rappeler que les analyses effectuées se basent avant tout sur les
perceptions des différents acteurs concernant les effets du projet au sein de
leur établissement avec tout ce que cela suppose de subjectivité. Une analyse
comparative du climat interne de l'établissement avant et après la réalisation
des actions aurait pu valider certains effets relevés par les acteurs mais n'a
malheureusement pas pu être effectuée faute de moyens (manque de ressources
humaines et d’outil d'analyse du climat scolaire validé scientifiquement pour
les pays francophones).
Une seconde
remarque porte sur la précocité de notre évaluation. En effet, tout changement
quel qu'il soit nécessite du temps et une évaluation des effets d'un projet sur
deux ans environ ne peut rendre compte de l'ensemble des retombées des actions
entreprises.
Il ressort de nos
analyses que le temps ainsi que les efforts investis dans le projet
"DCM" sont jugés bénéfiques par et pour les établissements impliqués
et qu'une majorité d'entre eux estiment que le climat interne s'est amélioré
suite à la participation à cette démarche. Les modifications constatées portent
principalement sur :
·
une meilleure connaissance
des acteurs et partenaires de l'école et sur l'amélioration de la communication
entre eux (dynamisation des échanges, augmentation de la collaboration…) ;
·
un élargissement de la
réflexion au sein de l'établissement, avec des aspects moins didactiques mais
plus en lien avec des thèmes tels que le respect, la gestion de la violence… et
une centration sur le bien-être des acteurs au sein de l'établissement ;
·
la cohésion que le projet
a apportée ;
·
la stimulation de l'école
à s'ouvrir vers son environnement extérieur (parents, autres institutions…),
·
l'amélioration de l'image
de l'institution scolaire auprès du public.
Toutefois, le
projet a également eu des effets inattendus. Ainsi, dans certains
établissements ou pour certaines personnes, le projet a mis en lumière certains
dysfonctionnements et favorisé un clivage entre collègues avec un renforcement
des tensions et des sympathies antérieures au projet ou non. Dans un cas, une
dégradation du climat initial qui a même été exprimée.
Le manque de
visibilité des effets du projet a aussi été relevé mais est principalement
attribué à la précocité de notre évaluation, à l'absence de besoin d'une telle
démarche ainsi qu'aux réformes déjà en cours.
Conclusion
Le projet
intercantonal "DCM" a stimulé la constitution de groupes de réflexion
et de travail au sein de chaque établissement et une grande diversité d'actions
ont été réalisées, actions qui, dans la plupart des cas, n'auraient pas vu le
jour sans lui.
Les trois types
d'appuis offerts pour la réalisation des projets (formation-action,
accompagnement et échanges entre établissements) sont jugés utiles et satisfaisants
par les animateurs. On a pu toutefois constater que la plupart d'entre eux
n'étaient pas formés à la gestion de projet et n'ont pas toujours su concrètement
comment les faire démarrer. Une
formation préalable à la mise en œuvre des projets leur aurait permis
d'acquérir les connaissances et outils - autant théoriques que
méthodologiques - nécessaires à la
phase de démarrage de leur projet avant
d'y être confrontés. De même, un accompagnement plus soutenu durant cette
phase délicate pourrait s'avérer nécessaire.
La situation de
certains établissements lors de leur adhésion au projet "DCM" (climat
interne difficile, autres priorités…) a constitué un obstacle de taille au bon
développement des activités projetées. En effet, ces établissements qui se
trouvaient dans une situation précaire n'étaient pas suffisamment armés pour
faire face à une nouvelle perturbation inhérente à la mise en œuvre de tout
projet d'établissement. Une réflexion
approfondie lors du choix des écoles est nécessaire afin d'assurer que tous les
établissements impliqués puissent profiter au mieux de ce type de démarche.
La formulation d'objectifs mesurables, la détermination
d'indicateurs de succès ainsi qu'une plus grande importance accordée à
l'autoévaluation des projets auraient permis d'obtenir une mesure plus précise
des effets et résultats obtenus par les projets d'établissement. Il nous
semble donc important, si l'expérience devait être reconduite, d'évaluer les situations initiales des
établissements impliqués de façon à pouvoir les comparer avec les situations
postérieures à la mise en œuvre de leurs projets. Malgré ces limites de
l'évaluation, il a été constaté que les
efforts et le temps investis dans les différents projets d'établissements sont
jugés bénéfiques et que la plupart des établissements impliqués mentionnent une
amélioration de leur climat interne suite à leur participation au projet
"DCM".
La question de l'ancrage des projets est
particulièrement importante. En effet, afin que les établissements puissent
récolter les fruits qui sont en train de mûrir, il semble déterminant que les
différentes actions entreprises puissent avoir une continuité. Des actions
ponctuelles ne peuvent avoir une influence à long terme sur la culture de
l'établissement, et ce n’est que si les activités entreprises trouvent un écho
sur la durée qu'on pourra parler de développement d'une culture de la
médiation.
Les moyens
accordés pour l'ensemble du projet (de 6 à 15 heures de décharge et de 0 à
20'000 francs selon les établissements) ont été considérés par l'ensemble des
animateurs comme très insuffisants au vu du temps et de l'énergie investis. Si
la réussite des projets n'a pu être mise en lien avec les moyens accordés, il
est certain que cet aspect joue un rôle déterminant sur la motivation des
groupes internes. De plus, il est reconnu qu'une
des difficultés principales de ce genre de démarche n'est pas la réalisation
des actions mais bien leur ancrage dans la durée, ce qui suppose que des
personnes soient prêtes à s'investir et par conséquent que leurs conditions de
travail soient ressenties comme équitables. La reconnaissance du travail
accompli joue donc ici un rôle déterminant.
On peut donc
recommander pour le futur que les moyens à disposition des groupes internes
soient clairement définis dès la phase initiale du projet.
S'il ne fait pas
de doute que le projet "DCM" répond à un besoin des établissements
scolaires qui doivent constamment relever de nouveaux défis (crise de
l'autorité, contexte multiculturel, incivilités, …) et répondre à de nombreuses
sollicitations, il ne faut pas oublier que la plupart des établissements
scolaires ne sont pas préparés à ce que suppose ce genre de démarche (travail
en équipe, redistribution du pouvoir...), et qu'il faut leur laisser le temps
d'apprendre à travailler de façon différente. De plus, il est important d'accorder des ressources suffisantes si l'on veut
s’assurer que les projets se développent dans de bonnes conditions (formation,
accompagnement, heures de décharge ou défraiement) et permettre que leurs
effets puissent s'ancrer dans la durée.